ETAT NATUREL :

Dans l'état naturel, tous les hommes sont égaux. Il n'est personne qui ne convienne de cette vérité. Pour justifier l'extrême inégalité des fortunes dans l'état de la société, on a dit cependant que, même dans l'état sauvage, tous les individus ne jouissaient pas rigoureusement d'une égalité absolue, parce que la nature n'avait point départi à chacun d'eux les mêmes degrés de sensibilité, d'intelligence, d'imagination, d'industrie, d'activité et de force ; point par conséquent les mêmes moyens de travailler à leur bonheur, et d'acquérir les biens qui les procurent. Mais si le pacte social était véritablement fondé sur la raison, ne devrait-il point tendre à faire disparaître ce que les lois naturelles ont de défectueux et d'injuste?

Cadastre perpétuel, 1789.

DROIT DE VIVRE :

Le droit de vivre est le droit par excellence, il est tout ce qu'il y a de plus sacré sur terre, il est imprescriptible : attenter à ce droit, c'est commettre le plus grand de tous les crimes... Vivre ce n'est pas pâtir, ce n'est pas languir, ce n'est pas végéter à peine et se traîner tant bien que mal à grand renfort de privations et de misère depuis le berceau jusqu'à la fosse. Vivre, c'est parcourir librement le cercle de notre existence en donnant, à toutes les périodes dont elle se compose, ce qui convient à notre organisation tant au physique qu'au moral. Le droit naturel de l'homme n'est pas autre chose que son droit de vivre, consacré dans la plupart des législations qui punissent non seulement les infanticides, mais aussi les avortements et même les suicides. Vivre, dans le sens qu'il faut donner à ce mot, étant un droit, supérieur à tout ce qui a été parmi les hommes, à tort ou à raison, baptisé de droit, il s'ensuit qu'il doit être maintenu, soutenu, revendiqué, ressaisi par tous les moyens possibles, ruse ou violence - dans ce cas, rien n'est illégitime. Le droit de vivre implique d'une manière absolue celui de combattre tout ce qui, de façon ou d'autre, nuit ou s'oppose à l'exercice de ce droit : attaquer, ce n'est alors que se défendre.

Lettre à Dubois de Fosseux, 1786.

Le Livre ! "Je t'écris au sujet de Gracchus Babeuf" de Jean Soublin, Editions Atelier du Gué.